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Musée du Jeu de Balle

Ath · patrimoine vivant

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Musée du Jeu de Balle

Patrimoine culturel immatériel

La Balle Pelote — Patrimoine culturel immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Une reconnaissance officielle

Le 7 décembre 2023, la balle pelote a été officiellement reconnue Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à l’initiative de la ministre de la Culture Bénédicte Linard. Cette reconnaissance s’inscrit dans le cadre du Décret du 11 juillet 2002 relatif aux biens culturels mobiliers et au patrimoine immatériel de la Communauté française.

Elle officialise ce que les amateurs savent depuis longtemps : le jeu de balle n’est pas seulement un jeu traditionnel. C’est une pratique sociale vivante, un savoir-faire transmis de génération en génération, une langue, des gestes, des rituels — un fragment d’identité wallonne et picarde.

Le dossier de candidature a été rédigé par Benoît Goffin, historien et auteur de référence sur le monde ballant, en étroite collaboration avec Andy Simon, alors président de la Fédération royale Belge de Pelote (FRBP).


Trois dimensions indissociables

La balle pelote s’inscrit simultanément dans trois domaines du patrimoine culturel immatériel reconnus par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les traditions et expressions orales, d’abord. Le jeu a engendré un vocabulaire français spécifique — ballodrome, livrée, rechasser, foncier, chasse — et conserve des traces vivantes des langues endogènes. Sur les ballodromes de Wallonie picarde, des expressions en picard ou en wallon résonnent encore : El d’jeu va co (rien n’est perdu), Bin d’joué à l’balle (félicitations). Certaines formules du français courant trouvent d’ailleurs leur origine dans l’univers des jeux de paume : prendre la balle au bondépater la galerieun enfant de la balle.

Les pratiques sociales, rituels et événements festifs, ensuite. Le jeu de balle a longtemps structuré la vie communautaire des villages. La lutte hebdomadaire, organisée sur la place publique, rassemblait toutes les couches de la population autour d’une passion commune. Certains tournois restent aujourd’hui des événements incontournables : le Huit de septembre à Ath, la Balle du Gouverneur à Namur, le Grand Prix de la Ville de Bruxelles sur la Grand-Place. À Isières, commune d’Ath, les géants locaux — le Grand Mitan, le Marqueu d’Caches et le Délégué — montent encore sur le ballodrome lors de la ducasse, incarnant trois figures emblématiques du monde ballant, dans un dialogue unique entre deux patrimoines immatériels de la région.

Les savoir-faire patrimoniaux et artisanat, enfin. Fabrication des gants de cuir sur mesure, confection des balles, conception des marquoirs peints aux couleurs de la société — autant de métiers qui ont accompagné le jeu de balle pendant des siècles. Si la balle en peau, héritière de l’esteuf médiéval, a disparu en 1973, remplacée par une balle synthétique aujourd’hui fabriquée par Serviplast à Rochefort, l’artisanat du gant survit grâce à une poignée de fabricants, généralement d’anciens joueurs.


Des origines médiévales à aujourd’hui

Les premières mentions de jeux de balle à la main dans nos régions remontent au XIV^e siècle. La balle pelote s’inscrit dans la longue histoire des jeux de paume, pratiqués dans toute l’Europe médiévale. Là où la courte paume était réservée à l’élite et jouée en salle, la longue paume — dont la balle pelote est l’héritière directe — appartenait aux classes populaires et s’épanouissait sur les places publiques.

Le XIX^e siècle marque l’apogée du jeu de balle en Hainaut et dans le Namurois. Les foules se pressent sur les ballodromes, les joueurs d’élite sont de véritables vedettes, et le jeu tient tête au football naissant. En 1902, la balle pelote se dote d’une fédération, franchissant le passage du jeu traditionnel au sport institutionnalisé.

Depuis les années 1970, la discipline connaît un déclin progressif : montée de l’automobile sur la voie publique, érosion de l’audience, vieillissement de la communauté. En 2023, la fédération comptait 3 128 joueurs actifs au sein de 132 sociétés — contre 200 sociétés en 2006. Parmi eux, près de 946 joueurs de moins de 18 ans, soit environ 30 % des effectifs, témoignant d’un travail de transmission qui porte ses fruits. La communauté compte également 66 arbitres, 80 moniteurs et initiateurs, et 753 dirigeants bénévoles.


Une pratique ancrée dans notre territoire

La balle pelote se pratique aujourd’hui principalement dans les provinces de Hainaut, de Namur et du Brabant wallon. La Wallonie picarde constitue le bastion le plus actif, grâce à un travail intense de recrutement des jeunes et une médiatisation portée notamment par No-Télé, seul média audiovisuel à couvrir la discipline sur base hebdomadaire. Le groupe Vers l’Avenir assure quant à lui le suivi presse des championnats et tournois.

À l’international, des disciplines voisines appartenant à la même famille des jeux de paume sont pratiquées dans plusieurs régions européennes : en Picardie française, dans le Pays basque, dans la région de Valence, en Ligurie et en Frise néerlandaise. Ces liens historiques se concrétisent par la participation de la Belgique aux championnats d’Europe et du monde organisés sous l’égide de la CIJB.


Un sport inscrit dans la culture wallonne

Le jeu de balle a laissé des traces profondes dans la culture de nos régions. En littérature, Maurice des Ombiaux consacre dès 1907 un roman à la balle au tamis dans la région carolorégienne. Le philologue Albert Henry, déporté à Prenzlau, célèbre le jeu de balle dans son Offrande wallonne comme symbole de sa terre natale. En peinture, Constantin Meunier immortalise une lutte dans le Borinage de la seconde moitié du XIX^e siècle. Au théâtre wallon, les pièces de Lise-Lix et André Hancre témoignent d’un univers populaire vibrant, riche du vocabulaire dialectal du monde ballant.

En 2022, l’exposition L’heure des citrons au Centre culturel d’Ath — initiée par le photographe Andy Simon — a réuni sept artistes franco-belges autour du patrimoine historique et immatériel de la région athoise, rassemblant pour la première fois passionnés de balle pelote et amateurs d’art contemporain. Dans sa continuité, l’œuvre Le Gradin d’Aliocha Tazi a été installée de façon pérenne en juin 2023 le long du ballodrome de Meslin-l’Évêque.

La richesse culturelle de la balle pelote est également documentée dans les ouvrages de référence de Benoît Goffin : La balle pelote au cœur de notre région (2006, Aparté Editions) et Vous avez dit balle pelote ? (2018, avec Jacques Saucin, Aparté Editions), ainsi que dans Ballodromes d’Andy Simon (Poursuite Editions & Studio Ursa Major, Arles et Bruxelles, 2022).


Actions de sauvegarde

Plusieurs axes concrets sont aujourd’hui mis en œuvre pour assurer la pérennité de ce patrimoine vivant.

La FRBP organise des championnats pour toutes les catégories de jeunes (pré-pupilles, pupilles, minimes, cadets) et des journées d’initiation tout au long de la saison. Des formateurs qualifiés — titulaires d’une certification de moniteur sportif délivrée avec le soutien de l’ADEPS — encadrent la formation dans les sociétés.

En matière de visibilité, la fédération organise depuis 2022 des luttes en accès gratuit dans des lieux à forte fréquentation : la Grand-Place de Soignies, la Grand-Place de Mons. Le Tournoi du Tilburck à Braine-le-Comte a lancé en 2024 une formule d’ambassadeurs chargés d’expliquer les règles et l’histoire du jeu à un public non-initié.

Sur le plan de la documentation et de la recherche, le Musée du Jeu de Balle — dont vous lisez le site — conserve plusieurs milliers de photographies, des trophées, des gants, des balles et des équipements datant pour certains de la fin du XIX^e siècle. Sa collection de cartes postales et d’affiches anciennes constitue une ressource iconographique irremplaçable pour les chercheurs.

En 2025, la Maison du Roi — Musée de la Ville de Bruxelles accueillait une exposition consacrée à la place du jeu de balle dans la vie bruxelloise, conçue autour d’une quinzaine de balles d’argent du XIX^e siècle ainsi que de diverses pièces emblématiques issues de notre collection.

Vers une reconnaissance mondiale

La reconnaissance comme Chef-d’œuvre du Patrimoine immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles en décembre 2023 n’est pas une étape finale – c’est le point de départ d’une ambition plus large.

En 2026, la Belgique soumet officiellement un dossier de candidature à l’UNESCO en vue d’une inscription de la balle pelote sur la Liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le dossier, porté par l’État belge et la Fédération Wallonie-Bruxelles, a été signé par l’Ambassadeur de Belgique à Paris et transmis officiellement à l’UNESCO le 27 mars 2026.

Le Musée du Jeu de Balle est officiellement associé à cette démarche. Depuis plus de vingt ans, notre institution documente, conserve et valorise les objets, les archives et la mémoire d’un jeu qui fait partie de l’identité profonde de nos régions. Cette candidature, nous la portons avec la conviction que la balle pelote mérite une place dans le patrimoine de l’humanité tout entière.

Ce que signifie une inscription UNESCO

La Liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité est établie en vertu de la Convention UNESCO de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Une inscription ne confère pas de protection juridique au sens strict, mais elle offre une visibilité internationale incomparable et renforce les politiques nationales de sauvegarde. Elle engage les États signataires à mettre en œuvre des mesures concrètes pour assurer la transmission vivante de la pratique.

La balle pelote y rejoindrait d’autres pratiques belges déjà inscrites, comme le cortège géant de Ath — dont certains géants montent encore aujourd’hui sur le ballodrome lors de la ducasse d’Isières.

Suivre la candidature

L’évaluation du dossier par le Comité intergouvernemental de l’UNESCO aura lieu en 2027. D’ici là, nous vous tiendrons informés des avancées sur ce site et sur nos réseaux sociaux.


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