Aller au contenu
Musée du Jeu de Balle

Ath · patrimoine vivant

Fermé Prochaine ouverture dimanche à 14h30
Support

Musée du Jeu de Balle

Histoire du jeu de balle

Des origines médiévales

Les premières traces de jeux de balle à la main dans nos régions remontent au XIV siècle. À cette époque, deux grandes familles de jeu coexistent : la courte paume, pratiquée en salle par une élite, et la longue paume, jouée en plein air sur les places et dans les rues par les classes populaires. La balle pelote descend en ligne directe de cette longue paume.

Jusqu’à la fin du XVIII siècle, le jeu se pratique selon des modalités variables d’une région à l’autre, au gré de règlements purement locaux. Il fait partie du décor quotidien des villages et des villes, au même titre que d’autres pratiques traditionnelles transmises par imitation et par habitude.

Plusieurs expressions du français courant gardent d’ailleurs la trace de cet héritage : prendre la balle au bondépater la galerie – du nom des galeries couvertes où s’installaient les spectateurs des salles de jeu de paume -, rester sur le carreau – le carreau désignant le sol de jeu -, ou encore un enfant de la balle, expression désignant à l’origine le fils d’un maître paumier.


Le XIX siècle, âge d’or du jeu de balle

Le XIX siècle constitue la période de paroxysme. C’est en Hainaut que se concentre l’activité la plus intense : le Borinage et le Tournaisis jouent les premiers rôles, suivis d’Ath, puis de Braine-le-Comte et Soignies. Le Brabant, Bruxelles, Charleroi et le Namurois prennent progressivement la même voie.

Le jeu de balle investit les rues, les places, les parvis et les trieux – ces chemins communaux qui traversaient les villages. Il joue avec la configuration des lieux, déjoue les obstacles, dompte l’espace public et en fait le sien. Les foules se pressent autour des ballodromes. Dans certaines localités, assister à la lutte du dimanche est l’événement de la semaine.

Jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le jeu de balle tient la dragée haute au football, ce sport importé d’Angleterre quelques décennies plus tôt. Le pays compte alors plusieurs milliers d’équipes. Les joueurs d’élite sont de véritables vedettes saisonnières – il n’est pas rare de les voir tenir café à proximité de leur ballodrome, métier qui s’accommode fort bien du rythme de la saison ballante.


1902 : la naissance du sport institutionnalisé

C’est en 1902 que la balle pelote se dote d’une fédération, dans la foulée de la balle au tamis – sa discipline sœur, qui se distingue par l’emploi d’un accessoire servant à faire rebondir la balle lors de la mise en jeu. Règlement commun, compétitions régulières, structure fédérale : le jeu traditionnel franchit le seuil du sport institutionnalisé.

À l’échelle belge, la balle pelote constitue un exemple remarquable de cette transition entre pratique populaire et sport organisé. Elle conserve pourtant longtemps sa dimension communautaire et festive, indissociable de la vie du village.

En 1928, la création de la Confédération internationale du jeu de balle pelote-paume (CIJB) – regroupant les fédérations belge, française et néerlandaise – ouvre une dimension internationale, avec l’organisation de tournois triangulaires et l’ambition, jamais concrétisée, d’une participation aux Jeux olympiques.


Le déclin progressif depuis 1970

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant. En 1948, la catégorie Excellence disparaît, avec elle l’existence officielle de joueurs professionnels. Le jeu de balle entre dans une longue période de déclin.

Les causes sont multiples. La démocratisation de l’automobile transforme les rues et les places en espaces de circulation et de stationnement, chassant progressivement les ballodromes de la voie publique vers des sites isolés en périphérie des localités. En quittant l’espace public, le jeu de balle perd une part de son âme et de sa visibilité. Les conflits de voisinage se multiplient. Les sociétés disparaissent, faute de terrain et de public.

La concurrence des sports médiatisés à l’échelle mondiale, l’érosion du bénévolat, le vieillissement de la communauté des joueurs et des spectateurs aggravent la tendance. Dès les années 1970, le nombre de pratiquants connaît un déclin inéluctable. De 200 sociétés en 2006, la fédération est passée à 132 sociétés en 2023.


Une résistance bien vivante

Malgré cette érosion, la balle pelote résiste. En 2023, elle rassemble encore 3 128 joueurs actifs dans les provinces de Hainaut, Namur et Brabant wallon, dont près de 30 % ont moins de 18 ans. La Wallonie picarde reste le bastion le plus dynamique, portée par un travail intense de recrutement des jeunes et une médiatisation locale soutenue.

La reconnaissance comme Chef-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles en décembre 2023 constitue un signal fort : la balle pelote n’est pas un sport en voie de disparition, c’est un patrimoine vivant qui mérite d’être défendu, transmis et célébré.

La Fédération royale Belge de Pelote (FRBP) organise aujourd’hui championnats, journées d’initiation et événements grand public pour inverser la tendance. Des disciplines complémentaires – le one-wall, pratiqué contre un mur – permettent de maintenir une activité physique en dehors de la saison, et d’attirer de nouveaux joueurs vers la balle pelote.

Certains tournois restent des rendez-vous incontournables qui rassemblent chaque année des milliers de spectateurs : le Huit de septembre à Ath, la Balle du Gouverneur à Namur, le Grand Prix de la Ville de Bruxelles sur la Grand-Place, le Tournoi du Tilburck à Braine-le-Comte.


Le jeu de balle et l’odonymie

Le jeu de balle a laissé des traces durables dans la toponymie de nos régions. En Wallonie, en Flandre et à Bruxelles, plusieurs dizaines de rues et de places portent encore son nom : place du Jeu de Balle à Soignies, Lasne, Attre ou Andoy, rue du Jeu de Balle à Leuze ou Hantes-Wihéries, place du Ballodrome à Quiévrain.

La célèbre place du Jeu de Balle à Bruxelles — kaatsspelplaats en néerlandais, plus connue sous le nom de Vieux Marché ou Vossenplein — porte le nom de cette activité qui y était autrefois pratiquée, même si peu de ses visiteurs d’aujourd’hui en ont conscience.